Acupuncture pendant la grossesse : quels bienfaits à chaque étape ?
La médecine traditionnelle chinoise, dont fait partie l’acupuncture, se base sur une approche globale du corps humain, où les fonctions physiologiques, émotionnelles et énergétiques sont interconnectées. Elle peut soutenir l’ensemble de l’être humain dans toutes les phases de la vie, incluant toutes les étapes de la maternité.
L’accompagnement de la grossesse occupe une place importante dans ma pratique. J’ai d’ailleurs fait un stage des applications périnatales de l’acupuncture à l’hôpital LaSalle de Montréal, d’une durée de quatre mois, dans le cadre de mes études en acupuncture. J’y travaillais en collaboration avec l’équipe de néonatalité composée de gynécologues, obstétriciens, médecins, infirmières, anesthésistes (et autres professionnels) en fertilité, grossesse, travail passif/actif et post-partum…
L’acupuncture est un outil thérapeutique sécuritaire et complémentaire au suivi médical conventionnel. Elle peut soutenir la future maman en préparation à la conception, pendant toute sa grossesse, jusqu’après l’accouchement.
Fréquence des traitements
Il est conseillé de consulter environ une fois par mois durant la grossesse, ou après chaque rendez-vous médical, afin d’adapter le suivi en fonction des résultats (prises de sang, dépistage du diabète de grossesse, risque de pré-éclampsie, échographies, etc…). Un suivi régulier en acupuncture permet de favoriser la circulation trans-placentaire, ce qui assure au bébé l’oxygène et les nutriments nécessaires à son développement.

Le premier trimestre
Soulager les nausées et la fatigue
Selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), environ 75% des femmes enceintes éprouvent des nausées, et 50% ont des vomissements en début de grossesse . Les changements hormonaux sont principalement en cause.
La fatigue est également un symptôme fréquent au premier trimestre. Elle peut être due, elle aussi, aux changements hormonaux mais également au manque de sommeil et aux douleurs physiques (comme des maux de dos ou des crampes). À cela s’ajoutent brûlures d’estomac, difficulté à trouver une position confortable, ainsi qu’un état émotionnel plus fragile (anxiété, inquiétude). Par ailleurs, une alimentation perturbée par les nausées, un apport en fer parfois insuffisant et une hydratation moindre peuvent aussi contribuer à cet état de fatigue généralisée.
Une étude menée en Australie en 2002 a démontré que les femmes ayant reçu de l’acupuncture traditionnelle ont rapporté une réduction significative des nausées et des épisodes de vomissements par rapport au groupe témoin. De plus, des recherches récentes regroupant 24 études cliniques menées auprès de plus de 2 000 femmes enceintes montrent, elles aussi, que l’acupuncture peut être efficace pour réduire les nausées et vomissements, surtout lorsqu’elle est combinée aux soins médicaux classiques. Elle permettrait de diminuer l’intensité des symptômes, de raccourcir les séjours à l’hôpital et d’améliorer la qualité de vie. L’acupuncture s’est aussi révélée sécuritaire, sans plus d’effets indésirables que les traitements habituels.
Favoriser la nidation
Dès le début de la grossesse, l’acupuncture peut aider à créer des conditions favorables à la nidation. Tout d’abord, elle favorise une meilleure circulation sanguine vers l’utérus et l’endomètre, ce qui améliore la qualité de l’environnement dans lequel l’embryon tentera de s’implanter. Un endomètre bien irrigué est généralement plus épais, plus nourri et donc plus réceptif à la nidation.
L’acupuncture agit sur l’axe hormonal hypothalamo-hypophyso-ovarien, ce qui contribue à un bon équilibre hormonal. Cela peut soutenir la production de progestérone, essentielle à la nidation, stabiliser le cycle menstruel et réguler l’ovulation.
Le stress peut perturber le processus d’implantation. L’acupuncture aide à réguler le système nerveux, à réduire le taux de cortisol (hormone du stress), à augmenter la circulation des endorphines (hormone du bien-être) et donc à induire un état de calme intérieur, créant ainsi un climat plus favorable à la nidation.
Enfin, certaines femmes peuvent ressentir de légères contractions utérines après la fécondation, ce qui pourrait compliquer la fixation de l’embryon. L’acupuncture peut alors aider à détendre l’utérus, réduisant ainsi ces micro-contractions et offrant un environnement plus stable et accueillant pour l’embryon.

Les traitements d’acupuncture en début de grossesse favorisent la nidation en:
- En améliorant la circulation sanguine vers l’utérus
- En régulant l’activité hormonale
- En réduisant le stress
- En apaisant les contractions utérines
Diminution des risques tout au long de la grossesse
Diabète gravidique
Même en l’absence de facteurs de risque ou d’antécédents personnels, il est possible de développer un diabète gravidique pendant la grossesse. C’est pourquoi un test de dépistage, appelé hyperglycémie provoquée, est généralement proposé autour de la 24e à 28e semaine d’aménorrhée. Cette condition peut survenir même chez les femmes ayant une bonne hygiène de vie, avec une alimentation équilibrée, une hydratation adéquate et faisant de l’activité physique régulièrement.
L’acupuncture peut être utilisée en complément du suivi médical pour aider à réguler la glycémie. En fin de grossesse, le diabète peut augmenter certains risques pour le bébé et la mère, ce qui peut rendre nécessaire une induction médicale du travail dès la 37e semaine.
Menace de travail pré-terme
L’acupuncture peut contribuer à diminuer le risque de menace d’accouchement prématuré (travail pré-terme), lorsque le col utérin commence à se relâcher trop tôt ou que des contractions précoces surviennent, avant la 37e semaine. On ne parle pas ici des Braxton-hicks ou fausses contractions, généralement ressenties comme un durcissement de la bedaine mais sans causer de douleur ni de sensation de pression au périnée. Celles-ci sont normales et constituent une forme d’entrainement du muscle utérin en préparation au marathon de contractions que constitue l’accouchement.
Pré-éclampsie
Il est aussi possible de réduire le risque de pré-éclampsie et des complications qui en découlent lors de l’accouchement. La triade des signes précurseurs peut en être soulagée par acupuncture, soit l’hypertension artérielle, l’oedème (communément appelés enflure ou rétention d’eau) et la protéinurie ou albuminurie (présence de la protéine d’albumine dans l’urine). La pré-éclampsie peut évoluer vers l’éclampsie, qui se manifeste par des convulsions chez la femme enceinte, avant ou pendant l’accouchement, constituant une urgence médicale immédiate.
Favoriser la version du bébé (de 30 à 34 semaines environ)
Les points utilisés lors du traitement à cette étape viseront à stimuler la version du bébé mais également à augmenter le liquide amniotique. Le traitement active le premier réflexe du bébé, qui est de se positionner tête première. S’il est déjà bien positionné, il ne peut pas se “dé-retourner”… Le traitement aidera à ce qu’il s’engage correctement dans le petit bassin.
Normalement, le bébé se tourne spontanément entre la 28e et la 32e semaine de grossesse. Si, à l’échographie de 32 semaines, il ne s’est pas encore placé tête en bas, c’est le bon moment pour consulter en acupuncture. Il est préférable de ne pas attendre la 36e semaine car une intervention précoce permettra de maximiser les chances de retournement avant que le manque d’espace n’en complique le processus. L’acupuncture peut ainsi réduire le recours à une version manuelle externe, généralement pratiquée par un gynécologue-obstétricien vers la 37e semaine.

Préparation à l’accouchement (entre 36 et 40 semaines)

L’acupuncture peut être une précieuse alliée dans les dernières semaines de la grossesse afin de préparer le corps à l’accouchement et favoriser un déroulement plus fluide du travail.
Dans les semaines précédant l’accouchement, les traitements visent à favoriser l’effacement et la dilatation du col, ainsi qu’à encourager l’engagement de la tête du bébé dans le petit bassin. En facilitant ces étapes en amont, l’acupuncture contribue à un travail passif plus efficace, ce qui peut réduire la durée de la phase de latence. Lors d’un premier accouchement, cette préparation peut permettre de raccourcir le travail de 2 à 6 heures.
Pour ce qui est du travail actif, l’acupuncture peut également aider à régulariser les contractions, à soutenir un rythme stable et à favoriser une progression fluide. En améliorant le confort et l’efficacité du travail, elle réduit souvent le besoin d’interventions médicales.
Autres bénéfices observés chez les femmes ayant recours à l’acupuncture en fin de grossesse (communément appelée pre-birth acupuncture en anglais): une diminution du risque de détresse fœtale, une baisse du recours à la césarienne ainsi qu’une réduction significative du besoin de péridurale. En somme, l’acupuncture permet souvent de vivre un accouchement plus serein, avec moins de douleur, pendant moins longtemps.
Effets de l’acupuncture en préparation à l’accouchement:
- Assouplit le col et facilite sa dilatation
- Encourage l’engagement de la tête du bébé dans le bassin
- Raccourcit la phase de latence
- Régularise les contractions
- Réduit le risque de césarienne et de détresse fœtale
- Diminue le recours à la péridurale
- Aide à un accouchement plus fluide, moins long et moins douloureux

Accouchement
Le travail préparatoire effectué par les traitements d’acupuncture en cours de grossesse contribue à réduire la durée de la phase de latence. Ceci favorise une meilleure préparation physiologique et énergétique de la patiente, ce qui facilite le déroulement du travail. Par conséquent, l’accouchement s’en trouve généralement simplifié.
Au Québec, aucun établissement hospitalier ne propose directement l’accès à l’acupuncture lors de l’accouchement. Bien que ce soit possible d’être accompagnée par un acupuncteur dans certains hôpitaux et lieux de naissance, ça reste compliqué de trouver un acupuncteur qui serait en “stand by” et qui pourra se déplacer le moment venu.
Soutien post-partum
L’acupuncture peut jouer un rôle bénéfique même après la naissance, dans la période post-partum. Les traitements pourront soutenir la nouvelle maman tant au niveau physique, qu’émotionnel et énergétique.
L’acupuncture peut stimuler la production de lait, particulièrement lorsque la montée de lait est lente ou insuffisante. Elle aide aussi à soulager les engorgements mammaires ou les mastites et favorise la circulation des liquides dans la poitrine, tout en réduisant le stress, qui peut interférer avec le réflexe d’éjection du lait.
Après l’accouchement, il est normal que les règles prennent du temps à revenir, surtout en cas d’allaitement. Cependant, l’acupuncture peut favoriser un régularisation progressive du cycle menstruel une fois l’allaitement diminué ou terminé. Elle peut traiter les irrégularités telles que l’absence de règles, les douleurs ou les saignements abondants et rééquilibrer le système hormonal, souvent perturbé par la grossesse et l’accouchement.
Sur le plan émotionnel, l’acupuncture contribue à un meilleur équilibre psychique en apaisant les tensions et en stabilisant l’humeur, souvent mis à rude épreuve après l’accouchement. Elle contribue également à restaurer l’énergie en cas de fatigue physique ou mentale marquée, et peut être intégrée comme approche complémentaire à un suivi psychologique ou médical dans les situations de déprime ou de dépression post-partum.

Un accompagnement
Comme on l’a vu, l’acupuncture constitue un soutien précieux tout au long de la grossesse en contribuant au bien-être global de la future maman, en diminuant les risques et en facilitant le déroulement de l’accouchement. Pratiquée en complément du suivi médical, elle représente un atout supplémentaire pendant toute la périnatalité. C’est aussi un moment de soin, dédié à soi, que la future maman peut s’accorder pour mieux vivre cette période importante et unique.




